Après Tupac, DMX, J Cole, Scarface, Kid Cudi et Nas, 50 Cent, T.I., Beanie Sigel, Danny Brown voici la troisième des quatre parties regroupant 20 chansons sur lesquelles les rappeurs rappent avec leur coeur et leur âme.

The Notorious B.I.G. – Suicidal Thoughts (1994)

La noirceur de la musique de Notorious B.I.G fut assez dissimulée parmi l’héritage des costumes brillants et des samples pop propres à Bad Boy Records. Et si le titre de son premier album n’était pas assez évident, la chanson finale soulignait la tendance auto-destructrice sombre et dure envers lui même qui parcourait la musique de Christopher Wallace bien avant sa mort prématurée.

« When I die, fuck it, I wanna go to hell / ‘Cause I’m a piece of shit, it ain’t hard to fuckin’ tell »

« Quand je mourrai, je veux aller en enfer/ Car je suis un morceau de merde ce n’est pas difficile à dire »

 

« I know my mother wished she got a fucking abortion »

« Je sais que ma mère aurait souhaité se faire avorter »

Rappe-t-il tandis que Puff Daddy le supplie à l’autre bout du fil de ne pas emmener la conversation jusqu’au moment où le retour en arrière serait hors de propos. Bien que l’appel soit mis en scène, chaque mot de son monologue où il fait état de son auto-aversion semble trop réaliste pour être simplement une autre chanson au concept audacieux cloturant un album de gangsta rap.

« Suicide’s on my fuckin’ mind, I wanna leave / I swear to God I feel like death is fuckin’ callin’ me »




« Le suicide est dans mon putain d’esprit, je veux partir / Je jure devant Dieu j’ai l’impression que la mort m’appelle »

The Game ft Busta Rhymes – Doctor’s Advocate (2006)

The Game est l’un des plus gros retourneurs de vestes du rap. A un moment il déteste 50 Cent, la minute d’après il dit qu’il veut se réconcilier avec, à un moment il célèbre Jay-Z comme son idole, la minute suivante il le clashe sans raison apparente. Tous ces changements d’humeurs permettent difficilement de le prendre au sérieux. Mais l’une des choses avec lesquelles il a toujours été constant, est son amour et son admiration pour son mentor Dr Dre.

Malgré tout, jusqu’au moment où son deuxième album était sur le chemin, il allait se faire virer du G-Unit, transféré d’Aftermath à Interscope et tombé en disgrace aux yeux de Dr Dre. Malgré ce drame, le titre éponyme de l’album était une lettre ouverte sincère à Dre, et Game ne s’est pas retenu:

« Dre, I ain’t mean to turn my back on you / But I’m a man, and sometimes a man, do what he gotta do »

« Dre, Je ne voulais pas te tourner le dos / Mais je suis un homme, et parfois un homme doit faire ce qu’il doit faire »

 

« So I owe you my life, when I betrayed you / I tried to think of what the fuck, Eminem might do / If every nigga hated him, for the Black Bitch track / And niggas stopped bumpin’ Dre after Dee Barnes got slapped »

« Je te dois ma vie, quand je t’ai trahi, j’ai essayé de réfléchir à comment Eminem aurait fait / Si chaque négro l’avait détesté pour la chanson sur la pute noire / Et que les négros arrêtaient d’écouter Dre après que Dee Barnes se soit faite frapper »

 

« I never said Thank You, and I took for granted / You let me in your house, and made me a part of your family »

« Je ne t’ai jamais remercié et j’ai pris tout ça pour acquis / Tu m’as laissé entrer chez toi et tu m’as considéré comme un membre de ta famille »

 

« And even though sometimes I run loose / You still my homeboy Doc, I’d take a bullet for you »

« Et même si parfois je ne me contrôle pas / T’es toujours mon pote Doc, je prendrais une balle pour toi »




« Remember when we got drunk, to do Start From Scratch? I told you, you was like a father to me I meant that »

« Tu te souviens quand on était bourré pour faire Start From Scratch? Je t’ai dit que tu étais comme un père pour moi et j’étais sérieux »

 

Pour une fois, les mots de Game résonnaient vraiment. La chanson a fonctionné et il a fini par faire la paix avec le Doc et à travailler à nouveau avec lui.

Drake – Look What You’ve Done (2011)

Drake a une réputation de déballer des textes dépourvus d’audace et de virilité récurrentes dans le Hip-Hop à la faveur d’émotion et de vulnérabilité. Et il ne s’est probablement jamais autant révélé que dans la chanson « Look What You’ve Done », un extrait de Take Care au rythme lent avec des mots tendres envers sa mère et son oncle et la façon dont ils l’ont aidé à lui permettre d’être là où il se trouve maintenant.

Dans le premier couplet, il évoque la relation tendue avec sa mère entremêlée d’amour qui, selon ses dires, l’a poussé à plus travailler:

« And your back hurt and your neck hurt / And you smoking heavy / And I sit next to you and I lecture you / Because those are deadly / And then you ash it and we argue / About spending money on bullshit / And you tell me I’m just like my father / My one button, you push it / Now it’s, « Fuck you, I hate you, I’ll move out in a heartbeat! » / And I leave out and you call me, you tell me that you sorry / You love me and I love you / And your heart hurts, mine does too / And it’s just words and they cut deep / But it’s our world, it’s just us two / I see painkillers on the kitchen counter / I hate to see it all hurt so bad »

« Et ton dos te fait mal, et ta nuque te fait mal / Et tu fumes beaucoup / Et je m’assied à coté de toi et te sermonne / Car ces clopes sont mortelles / Et ensuite tu la mets dans le cendrier et on se dispute / Au sujet de dépenser de l’argent sur des conneries / Et tu me dis que je suis juste comme mon père / Mon seul point sensible, et tu as appuyé dessus / Maintenant c’est « Va te faire foutre, je te déteste je vais déménager en un batement de coeur » / Et je te quitte et tu m’appelles, tu me dis que t’es désolée / Tu m’aimes et je t’aime / Et t’as mal au coeur et le mien me fait aussi mal / Et ce sont juste des mots mais ils coupent profondemment / Mais c’est notre mode, on est juste deux / Je vois des calmants sur le comptoir de la cuisine / Je déteste de voir que ça te fasse autant de mal »

 

« But maybe I wouldn’t have worked this hard / If you were healthy and it weren’t so bad »

« Mais peut-être que je n’aurais pas travaillé si durement / Si tu étais en bonne santé et que ce n’était pas si grave »

 

Le deuxième couplet est en partie destinée à son oncle qui a joué un rôle d’ami et de père pour se substituer à l’absence de ce dernier:

« Know that I’m your sister’s kid / But it still don’t explain the love that you have for me / I never really had no one like you man this all-new, shit / Made the world I know bigger / Changed the way that I viewed it / Had all this fighting going on at the crib / You would calm me down when I lose it / Told you I think I’m done acting / I’m more in touch with the music / You said, either way, I’ll be a star, I could go so far »

« Je sais que je suis le fils de ta soeur / Mais ça n’explique pas l’amour que tu as pour moi / Je n’ai jamais eu quelqu’un comme toi mec, c’est tout nouveau / Ca ma étendu le monde que je connaissais / Changé la façon dont je le voyais / Quand je me disputais chez moi / Tu venais me calmer quand je perdais la tête / Je t’ai dit que je pensais arrêter d’être acteur / Que j’étais plus en contact avec la musique / Tu m’as dit que de toute façon, je serai une star, je pourrai aller aussi loin »

 




Clipse ft Jadakiss, Styles P & Roscoe P. Coldchain – I’m Not You (2002)

Bien que chaque rappeur ait fait son propre truc sur cette chanson, j’aimerais que vous vous concentriez sur le couplet de No Malice. Une des choses qui a toujours séparé les Clipse des autres rappeurs abordant le sujet de la cocaine était l’habileté du duo à montrer l’envers du décors du trafic de drogue au lieu de simplement le glorifier. No Malice exprime ainsi ouvertement du mépris envers lui même pour avoir répandu du poison dans sa communauté. :

« It shames me to no end / To feed poison to those who could very well be my kin (uh-huh) / But where there’s demand, someone will supply / So I feed them their needs, at the same time, cry / Yes, it pains me to see them need this / All of them lost souls, and I’m their Jesus / Deepest regret and sympathy to the streets / I see them pay for they fix when they kids couldn’t eat (so sorry) / And with this in mind, I still didn’t quit / And that’s how I know that I ain’t shit (I ain’t shit) »

 

« J’ai honte à n’en plus finir / De propager le poison dans ceux qui pourraient très bien être ma famille / Mais là où se trouve la demande, quelqu’un fournira / Donc je nourris leurs besoins et pleure en même temps / Oui ça me peine de les voir avoir besoin de ça / Ce sont toutes des âmes perdues et je suis leur Jésus / Mes sincères condoléances et regrets à la rue / Je les vois payer pour leur dose alors que leurs enfants ne peuvent pas manger / Et avec ça à l’esprit, je n’ai même pas arrêté / Et c’est pour ça que je sais que je ne vaux rien »

 

Ces lignes sont des exemples glaçant des démons que les dealers de drogues doivent combattre perpétuellement. Ces références sur son passé font sans doute partie de la raison pour laquelle il a trouvé Dieu, a changé son nom de scène à No Malice, et s’abstient de rapper sur la négativité.





Gucci Mane  – Worst Enemy (2009)

Gucci Mane est mieux connu pour ses descriptions loufoques de son style de vie fastueux que pour des introspections lyricales. Mais au point culminant de sa carrière, alors que ses ennuis avec la loi l’avaient ramené derrière les barreaux, Gucci prenait un chemin introspectif intéressant dans Worst Enemy où il admettait ses erreurs. Dans le deuxième couplet, le rappeur évoquait certains souvenirs malencontreux tels que ses revers et ses beefs avec Young Jeezy et T.I., s’excusant même auprès de certaines personnes.

« I am not the perfect person / May don’t spit the perfect verses / I wouldn’t hurt a girl on purpose ’cause I feel they don’t deserve it / I admit my words can hurt / I dissed Tiny she didn’t deserve it »

« Je ne suis pas la personne parfaite / Je ne crache peut-être pas les couplets parfaits / Je ne frapperais jamais une femme exprès car je trouve qu’elles ne le méritent pas / J’admets que mes mots peuvent blesser / J’ai clashé Tiny elle ne le méritait pas »

 

« T.I. many times encouraged, told me face the game with courage / Clay gave me some great advice and still today I thankful for it / Me, Jeezy, and T.I share one thing in common: all are poets / Role model to young people tho at times man we still ignore it »

« T.I. m’a encouragé maintes fois, il m’a dit de faire face au game avec courage / Clay m’a donné de très bons conseils et j’en suis reconnaissant à ce jour / Moi, Jeezy et T.I. partageons un truc en commun: nous sommes tous des poètes / Des modèles pour les jeunes gens même si certaines fois on continue de l’ignorer »

Article rédigé par Gilles B. (traduction des paroles par Adra)