Première des quatre parties regroupant 20 chansons sur lesquelles les rappeurs rappent avec leur coeur et leur âme.

 

Tupac – Dear Mama (1995)

Dans le hip-hop, la plupart des sons se rapportant aux pères sont des morceaux mitigés sur des géniteurs absents ou imparfaits, tandis que les chansons dédiées aux mères sont pour la grande majorité des odes affectives envers leur dévotion à tout épreuve et sans faille. Mais la chanson la plus connue et iconique sur les mamans dans le rap n’est pas qu’un hommage: c’est une lettre authentique d’amour inconditionnel d’un fils à sa mère qui n’hésite pas à reconnaitre que leur relation n’a pas toujours été au beau fixe:

« And even as a crack fiend, Mama / You always was a black queen, Mama »

« Mais même quand tu étais accro au crack, maman / Tu as toujours été une reine, maman »

 

« When things went wrong we’d blame Mama / I reminisce on the stress I caused, it was hell / Huggin’ on my mama from a jail cell »

« Lorsque les choses ne se passaient pas bien on le reprochait à maman / Je me rappelle le stress que je lui causais, c’était l’enfer / D’étreindre ma maman d’une cellule de prison »

 

Malgré tout, le premier single de Me Against The World irradie la chaleur de la réconciliation du rappeur et de sa génitrice, et de sa reconnaissance de l’humanisme passionné et imparfait qu’ils avaient tous deux en commun.

« And I could see you comin’ home after work late / You’re in the kitchen, tryin’ to fix us a hot plate / You just workin’ with the scraps you was given / And Mama made miracles every Thanksgivin' »

« Et je pouvais te voir rentrer tard après le travail / T’es dans la cuisine essayant de nous préparer un repas chaud / Tu travailles avec les miettes que la vie t’a données / Et maman faisait des miracles à chaque Thanksgiving »




« Through the drama I can always depend on my mama / And when it seems that I’m hopeless / You say the words that can get me back in focus / When I was sick as a little kid / To keep me happy there’s no limit to the things you did »

« A travers les drames je pouvais toujours dépendre de ma maman / Et lorsque je paraissais être désespéré / Tu disais les mots qui me permettaient de me reconcentrer / Lorsque j’étais un petit enfant malade / Il n’y avait pas de limites aux choses que tu faisais »

 

« And there’s no way I can pay you back / But my plan is to show you that I understand: you are appreciated »

« Et je n’arriverai à te rembourser d’aucune façon / Mais mon but est de te montrer que je comprends: tu es appréciée »

 

Plus tard, Tupac dira d’Against All Odds que c’était « la merde la plus vraie qu’il a jamais écrite », et même si c’est une chanson incroyable, Dear Mama véhicule une émotion différente.

DMX – Slippin (1998)

Depuis les prémisses de sa carrière, DMX a confronté implacablement ses propres démons sur chacun de ses albums, jusqu’à ce que ces mêmes démons aient brusquement provoqué le déclin de sa carrière. Et lorsque fut venu le moment de sortir un second album en étant paré pour la première fois d’un statut de superstar, il a exploité le premier single afin de retranscrire pleinement ces conflits intérieurs. Même si ils ont été forcé de la déposséder de toute grossièreté afin d’être autorisés à utiliser le sample, le détail autobiographique des couplets, en particulier le surprenant motivant et positif troisième couplet, offre à Slippin’ une résonance bien au delà des étincelles auxquelles les fans de Dark Man X sont accoutumés.




« I’ve been through mad different phases like mazes to find my way / And now I know that happy days are not far away / If I’m strong enough I’ll live long enough to see my kids / Doin’ somethin’ more constructive with their time than bids »

« J’ai traversé énormément de phases différentes comme des labyrinthes pour trouver mon chemin / Et maintenant je sais que les jours heureux ne sont pas loin / Si je suis assez fort je vivrai assez longtemps pour voir mes enfants / Faire quelque chose de plus constructifs avec leur temps que de la prison »

 

« Group homes and institutions prepared my ass for jail / They put me in a situation forcin’ me to be a man / When I was just learnin’ to stand without a helping hand / Damn, was it my fault, somethin’ I did / To make a father leave his first kid at seven doin’ my first bid? »

« Les foyers et instituts m’ont préparé à la prison / Ils m’ont mis dans une situation me forçant à être un homme / Alors que j’étais juste en train d’apprendre à me tenir debout sans un coup de main / Merde, est-ce que c’était de ma faute? Ai-je fait quelque chose? / Pour forcer un père à quitter son premier enfant de 7 ans pour faire ma première peine de prison? »




« That ain’t the half, shit gets worse as I get older / Actions become bolder, heart got colder »

« Ce n’est pas la moitié, ça devient pire alors que je grandi / Les actions deviennent encore plus osées, le cœur devient plus froid »

 

« I’m possessed by the darker side, livin’ the cruddy life / Shit like this kept a nigga with a bloody knife / Wanna make records but I’m fuckin’ it up / I’m slippin’, I’m fallin’, I can’t get up »

« Je suis possédé par le coté sombre, vivant une piètre vie / La merde comme celle ci laisse un négro avec un couteau taché de sang / Je veux faire des sons mais je les foire / Je glisse, je tombe, je n’arrive pas à me relever »

 

3ème couplet:

« Somethin’s got to give, gots to change ’cause now I’ve got a son / I gots to do the right thing for shorty / And that means no more gettin’ high, drinkin’ 40s »

« Il faut que je fasse quelque chose, il faut que fasse des changements car maintenant j’ai un fils / Je dois faire la chose juste pour le petit / Et ça signifie de plus me défoncer ou boire »

 

« Nothin’ but love for those that know how it feel / And much respect to all my niggas that kept it real / Kept a nigga strong, kept a nigga from doin’ wrong / Niggas know who they is and this is your fuckin’ song »

« Je n’ai que de l’amour pour ceux qui savent ce que je ressens / Et beaucoup de respect pour tous mes négros qui sont restés reals / Qui m’ont permis de rester fort, qui m’ont empêché de faire des mauvaises choses / Les négros se reconnaitront et c’est votre putain de chanson »






J. Cole – Breakdown (2011)

Connu comme étant l’un des rappeurs les plus sensibles des 10’s, J Cole laisse ses larmes couler sur cette chanson de son premier album sorti sur un major. Souvent, il se détache des sujets abordés par les rappeurs plus orientés ‘street’. Mais sur Breakdown, il creuse la façon dont certaines choses, telle que l’absence de son père et la dépendance à la drogue de sa mère ont ébranlé sa propre vie:

 

« Look, I just shed tears homie and no I ain’t too proud to admit it / Just seen my father for the first time in a minute / When I say a minute I mean years man / Damn, a whale could have swam in them tears fam »

« Regarde, je viens de verser des larmes poto et non je ne suis pas fier de l’admettre / Je viens de voir mon père pour la première fois depuis un moment / Quand je dis un moment ça signifie des années mec / Mince, une baleine aurait pu nager dans ces larmes »

 

« Yeah, I never thought I’d see my mama on that shit, man / It’s fucking with her body, now she sick, damn »

« Ouais, je n’aurais jamais pensé que je verrais ma mère comme ça / Ca nique son corps, maintenant elle est malade »




« That shit these rappers kick is nothing like real life / You made a milli off of serving white? Yeah right / My mama tell you what addicted to that pipe feel like »

« Cette merde que ces rappeurs envoient n’a rien à voir avec la vraie vie / Tu t’es fait un million en dealant de la drogue? Ouais très bien / Ma maman te dira comment on se sent quand on est dépendant à l’exta »

Scarface – I Seen a Man Die (1994)

L’improbable premier son de Scarface à atteindre le top 40 des meilleures ventes de singles était atypique pour les charts, mais la méditation sombre sur la mortalité affichée dans la chanson n’était pas insolite pour la plume audacieuse du leader des Geto Boys.

La chanson contient une lueur d’espoir avec le premier couplet où il étale le récit d’un homme sortant de prison et promettant de redresser sa vie.

« Out of jail, been seven years and he’s happy that he’s free at last / All he had was his mother’s letters / Now he’s mobile and he’s gotta make a change and make it for the better »

« Hors de prison, ça fait 7 ans et il est heureux d’être enfin libre / Tout ce qu’il avait était les lettres de sa mère / Maintenant il est mobile et il doit changer pour le meilleur »




« Now it’s different, he done did dirt / And realized killin’ men meant comin’ up but it still hurt »

« Maintenant c’est différent, il a fait du mal / Et a réalisé que tuer des hommes signifiait gagner de l’argent mais que ça fait encore mal »

 

Dans le second couplet, Scarface relate les derniers instants d’un homme sur le point de mourir et ce qu’il adviendra de lui après.

« Now your time has arrived for your final test / I see the fear in your eyes and hear your final breath / How much longer will it be ’til it’s all done? / I watch him die and when he dies let us celebrate / You took his life, but your memory you’ll never take / You’ll be headed to another place / And the life you used to live will reflect in your mother’s face »

« Maintenant le moment de ton test final est arrivé / Je vois la peur dans tes yeux et entend ta dernière respiration / Combien de temps reste-t-il avant que ce soit terminé? / Je le regarde mourir et lorsqu’il meurt laisse nous le célébrer / Tu as pris sa vie, mais tu n’enlèveras jamais sa mémoire / Tu vas te diriger vers un autre endroit / Et la vie que tu vivais se reflétera sur le visage de ta mère »

 

Dans le dernier couplet arrive le moment fatidique:

« I hear you breathin’ but your heart no longer sounds strong / But you kinda scared of dying so you hold on / And you keep on blacking out and your pulse is low / Stop trying to fight the reaper, just relax and let it go / Because there’s no way you can fight it though you’ll still try / And you can try it ’til you fight it but you’ll still die »

« Je t’entends respirer mais ton cœur ne bats plus aussi fortement / Mais t’as peur de mourir donc tu tiens bon / Et tu continues à perdre connaissance et ton poux est faible / Arrête d’essayer de combattre la faucheuse, détends toi et laisse faire / Car il n’y a pas moyen de pouvoir le battre mais malgré tout tu vas quand même essayer / Et tu peux essayer de le combattre jusqu’à ce que t’y arrives mais tu mourras quand même »

 

« You start your journey into outer space / You see yourself in the light but you’re still feeling outta place / So you standing in the tunnel of eternal life / And you see the ones you never learn to love in life »

« Tu commences ton voyages dans le cosmos / Tu te vois dans la lumière mais tu ne te sens pas à ta place / Donc tu te tiens dans le tunnel de la vie éternelle / Et tu vois ceux que tu n’as jamais appris à aimer dans la vie »




Pour Genius, il décrivait l’élaboration de la chanson:

« Il faisait froid et sombre, et j’étais dans une énorme cabine d’enregistrement. Il faisait tellement sombre que j’avais l’impression d’être comprimé par ce vide. Je sentais juste l’air conditionné froid et j’étais défoncé. Les mots sont tout simplement sortis, pas de papier, rien. Quelques jours plus tard, je l’ai joué pour un ami, Curtis David. Lorsqu’il l’a entendu, il est sorti de la voiture en pleurant et a dit: ‘Wow! Aw, Merde!’ C’était un gars difficile à impressionner, donc c’était vraiment quelque chose si tu réussissais à l’impressionner. Quand je me suis assis et ai écouté le son, je savais que j’étais entré dans quelque chose où je n’avais jamais mis les pieds: mon âme, ma voix. »

Kid Cudi – All Along (2010)

Bien que certains de ses plus grands succès aient un aspect motivant, la marque de fabrique du style de Kid Cudi a toujours été des hymnes sombres pour drogués esseulés. « All Along » pourrait bien être la chanson la plus sombre qu’il ait jamais confectionnée, le genre de chose que tu écoutes lorsque tu as essayé en vain à tant de reprises que tu préfères retourner chez toi et t’isoler plutôt que de tenter à nouveau.

 

« When the days change / So does my attitude / I’m messy at home / I eat a lot of junk food / When the nights change / So do my nightmares too »

« Lorsque les jours changent / Mon attitude change aussi / Je suis désordonné chez moi / Je mange beaucoup de malbouffe / Lorsque les nuits changent / Mes cauchemars changent aussi »

 

Emile, le producteur de la chanson avait dévoilé ceci: « Je ne crois pas que Cudi aime parler de ce son parce que c’est un sujet personnel ». Les couplets sont courts avec de longs halètements entre les lignes, mais les paroles sont envoutantes et l’instru est aussi vide que l’était probablement la vie de Cudi lorsqu’il a écrit cette chanson. Si vous êtes familiers avec son œuvre, ce n’est pas une surprise d’entendre Cudi dire: « I guess I’m meant to be alone. » – « Je suppose que je suis censé être seul ».




Article rédigé par Gilles B. (traduction des paroles par Adra)

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