DMX a fait découvrir au monde l’âme d’un homme à travers sa musique vulnérable et triomphante

DMX découvert le hip-hop dès son plus jeune âge et a connu la gloire dans les années 90. La chanson « Get at Me Dog » est devenue disque d’or, et son album It’s Dark and Hell Is Hot – qui contient le tube « Ruff Ryders’ Anthem » – s’est vendu à plus de 5 millions d’exemplaires et a débuté à la première place du Billboard 200. Son album suivant, Flesh of My Flesh, Blood of My Blood, s’est également classé au premier rang et a été certifié multi-platine.

Il a de nouveau été disque d’or en 1999 avec la sortie de son album …And Then There Was X, qui contenait le méga-hit « Party Up (Up in Here) », qui fut son premier single dans le Top 10 du hit-parade R&B. Tout semblait lui sourire et rien n’était censé stopper cette marche en avant au rythme effréné.

Malheureusement, sa dépendance à la cocaïne, qui a débuté à l’âge de 14 ans après qu’une connaissance lui a donné un blunt trafiqué, a fait dérailler sa carrière à plusieurs reprises. Des problèmes juridiques l’ont conduit à de multiples séjours en prison, dont une condamnation pour fraude fiscale en 2017, qui est à l’origine de son dernier emprisonnement. Après sa libération en 2019, il semblait être sur la voie du retour après avoir terminé sa cure de désintoxication, préparé un nouvel album, et participé à un Verzuz aux côtés de Snoop Dogg.

X n’a jamais caché ses difficultés, les mettant souvent au centre de phrases sombres, parfois menaçantes, parfois vulnérables, sur ses projets. Cependant, quel que soit le sujet abordé, il en revenait toujours à sa foi ; son penchant à ajouter des prières à ses albums et à ses concerts est bien connu. Sa pyrotechnie vocale, qui va d’un grognement menaçant à des aboiements explosifs qu’il utilise comme ad-libs (et a même entraîné l’une de ses chiennes à effectuer lorsqu’il se mesurait en battle), est d’autant plus impressionnante qu’il a lutté toute sa vie contre l’asthme – ce qui ne l’a jamais empêché de se produire sans hype man, arpentant la scène comme un tigre en cage.

Il a souvent réussi à voler la vedette sur des posse cut, comme par exemple « 24 Hours To Live » de Mase, et surpassait régulièrement ses featurings. Pendant un temps, il a pu prétendre au titre convoité de « roi de New York » après la mort de Biggie, aux cotés de Nas.

Il suffit de regarder le freestyle extrait du documentaire de la tournée Def Jam, Backstage, où l’on peut voir DMX et Jay-Z échanger des bars pendant ce qui était probablement l’un des nombreux ciphers impromptus de leur tournée Hard Knock Life en 1999. Jay-Z est cool, posé et mesuré comme toujours, mais DMX est carrément magnétique, accélérant et ralentissant sa cadence, un moment tout aussi indifférent que son ami/rival, et le suivant, agité, belliqueux, montrant les dents – tout comme l’un de ses animaux de compagnie bien-aimés pourrait le faire lorsqu’un étranger s’approche un peu trop près.

 

X contenait toutes ces émotions et bien plus encore ; sa musique était l’expression de tous les aspects du hip-hop, depuis la vantardise typique des plus grands hits jusqu’au traumatisme exposé et sanglant auquel il n’a jamais pu échapper. En mettant tout cela dans sa musique, il a élargi les limites de ce dont le rap pouvait être capable ; il était fragile sur « Slippin' », fougueux sur « Who We Be », triomphant sur « Where The Hood At », prévenant sur « Stop Being Greedy », et a même joué le séducteur sur « What These B Want ». Il pourrait être un comédien, un réalisateur de films d’horreur, une star de film d’action, un caïd de la drogue, un braqueur et un enfant blessé qui a besoin de réconfort.

Ses albums ont créé un espace et un précédent pour les futurs rappeurs comme Kanye West et Kid Cudi, qui ont abordé leur propre combat contre l’anxiété et la dépression. Et même si X a un jour avoué détester tout ce que Drake représentait, il a ensuite adouci sa position, comprenant que la vision de Drake était une extension de la sienne, avec des traumatismes et des soucis différents, mais la même vulnérabilité. Kendrick Lamar considère DMX comme son rappeur préféré pour cette qualité, et on a vu lors des nombreux témoignages suite à son décès, qu’il n’était pas le seul à le penser.

L’histoire de DMX pourrait être tragique, mais il n’a jamais laissé les tragédies de sa vie le définir. Après tout, c’est un homme qui a accaparé les internautes pour son interprétation graveleuse de « Rudolphe Le Renne Au nez Rouge » et l’a exploité, en sortant une version studio qui montre son côté plus léger.

Earl Simmons était quelqu’un qui savait à quel point l’enfer pouvait être chaud, mais qui, au sommet de son succès, s’est approché assez près pour entrevoir le paradis. Le monde du rap n’est plus le même sans lui, mais il a déjà tellement changé grâce à lui. Il nous a montré l’âme d’un homme et, espérons-le, cette âme repose enfin en paix.

Chloé Tissier
Inconditionnelle de musiques hip-hop, soul et r&b "Be bold, be brave enough to be your true self" - Queen Latifah

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