‘So Many Tears’ est sorti en 1995 et est tiré de l’album Me Against The World. Dans ce morceau, la mort est omniprésente laissant place à un Tupac presque vulnérable, non seulement face à la douleur subie lors de son enfance mais également face à ses démons internes.






Lors de sa jeunesse, Tupac était confronté à la misère humaine le rendant ainsi dépressif et solitaire. Toutefois, ses émotions ne l’ont jamais affecté de manière négative, il trouve par ce biais la force et le courage d’être le rappeur qu’il est aujourd’hui, déversant sa haine poétiquement via sa musique. Tupac a grandi entouré d’hommes et de femmes afro-américains politiquement engagés, qu’il considère « en voie de disparition », car ils ont été la cible de nombreux assassinats. Il affirme avoir été dans un meilleur état d’esprit depuis s’être fait tatouer sur son ventre Thug Life ‘The Hate U Gave Little Infants Fucks Everybody’ :

En primaire, je me développais dans la misère
J’étais délaissé, j’ai grandi parmi une espèce en voie de disparition
A l’intérieur de mon esprit je ne pouvais pas trouver un endroit pour me reposer
Jusqu’à ce que j’aie ce Thug Life tatoué sur ma poitrine

Kato était un ami de Tupac et s’est fait assassiner à Détroit car il conduisait une voiture aux jantes Dayton à 2 500$. Tupac lui rend ainsi hommage dans cet extrait, ainsi que dans le morceau ‘How Long Will They Mourn Me’ :

Tu veux perdurer? Sois le premier à tirer
Rappelle toi de Kato, il n’est plus avec nous, il est décédé
Appelle les sirènes, je l’ai vu assassiné dans la rue
Maintenant il repose en paix
Est-ce qu’il y a un paradis pour un G? Souviens-toi de moi
Il y a tellement de potes au cimetière, j’ai versé tellement de larmes

Tupac est malheureux de part les épreuves difficiles qu’il a subi notamment la perte de plusieurs proches :

J’ai souffert à travers les années
Et j’ai versé tellement de larmes
Seigneur, j’ai perdu tellement de camarades
Et j’ai versé tellement de larmes

Tupac prédit sa mort prochaine et souhaite retrouver Dieu au paradis afin de percevoir le bonheur, or il est convaincu que sa place est aux enfers. Lorsqu’il mentionne ‘la cellule’, celle-ci peut tout autant faire allusion à la prison, qu’au sentiment de se sentir piégé dans ce système :

J’ai des visions de quitter cet endroit dans un corbillard
Dieu peux-tu me comprendre?
Emmène-moi loin de toute cette pression et de toute cette peine
Montre-moi le bonheur à nouveau
Je deviens aveugle, je passe mon temps dans cette cellule, je ne vis pas bien
Je sais que mon destin est l’enfer, où-est ce que j’ai merdé?




Désespéré face aux épreuves qu’il endure quotidiennement, il songe à se suicider afin de mettre un terme à cette souffrance. De plus, Tupac a toujours été persuadé qu’il n’atteindrait jamais plus de 25 ans, en effet il est décédé à cet âge précis le 13 septembre 1996. Dans cet environnement hostile où les individus s’entretuent, le diable prend possession de l’esprit conduisant les Hommes à agir de manière démoniaque. Toutefois, Tupac essaie vainement de s’en débarrasser :

Maintenant je suis perdu et je suis épuisé, tellement de larmes
Je suis suicidaire, donc ne reste pas près de moi
Chacun de mes gestes est un pas calculé
Pour m’amener plus proche pour embrasser une mort prématurée
Maintenant il n’y a plus rien qui reste
Il n’y avait pas de pitié dans la rue
Je ne pouvais pas me reposer, je tiens à peine debout
Je suis sur le point de tomber en morceaux, criant pour la paix
Et même si mon âme était effacée, je ne pouvais pas la voir
J’avais un esprit rempli de démons essayant de s’échapper

Les démons ont réussi à influencer les actes de Tupac en prenant le contrôle de sa raison, en lui intégrant dans son esprit des images menaçantes afin d’abuser de sa peur. Tupac se fait ainsi manipuler en devenant méfiant auprès de tous jusqu’à prendre des décisions dangereuses et demande ainsi pardon devant Dieu pour tous les péchés qu’il a commis :

Ils ont planté les graines et elles ont éclos, déclenchant la flamme
A l’intérieur de mon cerveau comme une allumette
C’est tellement un sale jeu
Plus de souvenirs, seulement une misère
Peignant une image de mes ennemis me tuant dans mon sommeil
Survivrai-je jusqu’au matin pour voir le soleil?
S’il vous plait Seigneur, pardonnez moi pour mes péchés car me voici

Tupac a été confronté, au court de sa vie, à plusieurs drames qui se sont passés dans le ghetto où la mort est omniprésente que ce soit pour des règlements de compte ou de part des causes telles la pauvreté, la famine, ou encore la difficulté d’accès au soins médicaux :

Et le Seigneur sait que j’ai essayé, j’étais témoin d’homicides
J’ai vu des drive-by enlever des vies, des petits enfants mourir
Je me demande pourquoi alors que je passe devant des cœurs brisés
Tandis que je jette un œil à la ligne tracée à la craie

Tupac ne vit pas, il survit emprisonné par les murs du ghetto. Il explique souhaiter avoir des enfants pour observer leur innocence qui, selon lui, est volée aux habitants du quartier de part cet environnement tragique, entrainant la mort de ses proches ou des états psychiques paranoïaques et suicidaires, comme ce qu’il ressent lui-même.

Ce n’est pas la vie pour moi, je veux changer
Mais il n’y a pas de futur joyeux pour moi, je suis coincé dans le game
Je suis emprisonné dans un labyrinthe
Désabusé dernièrement, j’ai vraiment voulu avoir des bébés
Afin que tu puisses voir une partie de moi qui n’était pas toujours folle

Tupac estime que sa femme, vivant également dans le ghetto, ne peut être apte à la loyauté et l’empathie, et a peu de valeur éthique. Véritable produit du quartier, il la considère tel un danger. Il supplie le Seigneur de l’emporter à ses côtés, ne pouvait verser une larme de plus sur terre :

Ne fais pas confiance en ma dame car elle est un produit de ce poison
J’entends des bruits, je pense qu’elle baise tous mes potes
Je ne peux plus le supporter, je m’écroule sur le sol
Suppliant que le Seigneur me laisse entrer dans les portes du Paradis
J’ai versé tellement de larmes






‘So Many Tears’ est considéré comme l’un des morceaux les plus mélancoliques de Tupac, de part les paroles mais également par le beat créé par Shock G qui a samplé « That Girl » de Stevie Wonder, afin de correspondre au thème sombre et dépressif qu’il essayait d’atteindre.

 

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