Que vaut « City Of Lies », le film sur l’enquête du meurtre de Biggie?

En 1996 et 1997, le beef entre Bad Boy Records et Death Row Records a culminé avec les meurtres de Tupac Shakur et du Notorious B.I.G.

L’enquête est relatée dans le film « City of Lies », dont la sortie aux États-Unis était prévue en septembre 2018 par Global Road Entertainment avant d’être rachetée par Saban Films. En raison de la pandémie, il a finalement été diffusé en streaming en vidéo à la demande la semaine dernière.

Depp / Whitaker

Basé sur le livre de Randall Sullivan « LAbyrinth » (2002), l’histoire suit un journaliste déterminé, Jackson (Forest Whitaker), qui écrit un article sur l’anniversaire des meurtres des rappeurs. Il retrouve l’ancien inspecteur de la police de Los Angeles Russell Poole (Johnny Depp), qui a consacré toute sa vie à la résolution de cette affaire complexe. Voici notre review de ce film, qui contient des spoilers.

Il peut être difficile pour les gens de regarder Depp, qui a récemment été accusé de violence domestique. Il y a même une phrase dans le film qui dit: « Quiconque frappe une femme est un animal ». Cependant, les critiques neutres peuvent au moins reconnaitre que Depp se transforme dans le rôle en un reclus crédible, ayant aliéné sa propre famille en étant obsédé par une affaire qu’il ne pouvait pas résoudre.

C’est unique de voir Depp et Whitaker se réunir après « Platoon » (1986). Whitaker offre une belle performance, mais qui mériterait plus de temps à l’écran. Tel qu’il est écrit, son rôle n’est pas vraiment celui d’un personnage à part entière, laissant Whitaker dans les limbes alors que nous passons tant de temps avec Depp et les flashbacks des événements sanglants.

 

La corruption au coeur du film

Pour l’essentiel, le scénario de Christian Contreras est une procédure policière engageante avec toutes les photos de suspects et les pressions exercées par des supérieurs nerveux. Cependant, il n’y a pas beaucoup de séquences sur Tupac et Biggie, donc il faut connaitre un minimum leur histoire pour bien tout comprendre.

Sur le plan thématique, le scénario fait passer L.A. de la « Cité des Anges » ou « Cité des Etoiles » à une cynique « Cité du Mensonge ». À l’instar du chef-d’œuvre « Chinatown » (1974), il suggère que les gens au pouvoir sont tous corrompus, montrant le département de police de Los Angeles aux côtés de Death Row Records, complice du meurtre de Biggie, et expurgeant des pages de documents pour le dissimuler.

L’action se déroule dans la foulée du procès d’O.J. Simpson, qui a suscité de nombreuses divergences. Comme la série télévisée « The People vs. O.J. Simpson » (2016), le film suggère que l’avocat Johnnie Cochran a utilisé des préoccupations raciales légitimes concernant Rodney King pour acquitter à tort un tueur. Un personnage dit même « F*** Mark Fuhrman », en référence aux infâmes remarques racistes du LAPD (aucun rapport avec le réalisateur Brad Furman).

 

La mère de Biggie joue son propre rôle

Dans une touche très poignante, Furman fait appel à la véritable mère de Biggie, Voletta Wallace, qui affiche une réelle émotion dans sa quête de plusieurs décennies pour retrouver les assassins de son fils. Nous voyons sa frustration de ne pas pouvoir accéder aux dossiers parce que la police de Los Angeles a « rouvert » l’enquête, ce qui, selon elle, n’est qu’une excuse pour garder les documents scellés.

 

Enquête non résolue

Évidemment, le public ne pourra pas tourner la page puisque l’affaire n’est pas résolue. Alors que certains mystères révèlent le tueur (« Se7en ») et que d’autres suggèrent fortement un coupable même s’il n’est pas prouvable (« Zodiac »), « City of Lies » s’inscrit dans cette dernière catégorie, mais est moins efficace car il ne sait pas comment conclure, avec une interruption brutale entre des scènes secondaires de matchs de baseball.

Si le troisième acte manque de dynamisme, les fans des rappeurs ayant une connaissance préalable de l’affaire apprécieront le cheminement. Ceux qui ne sont pas fans ou qui n’ont pas de connaissances préalables sur l’affaire voudront peut-être passer leur chemin. Quoi qu’il en soit, ce film imparfait fait passer le message d’une force de police corrompue où l’auto-préservation politique éclipse tristement les vies réellement perdues.

 

Regardez le trailer ci-dessous:

Thomas Cll
Amateur de real hip-hop old school, spécialisé en gangsta rap

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