Lupe Fiasco et le quotidien épouvantable des enfants soldats

‘Little Weapons’ est sorti en 2007 et est tiré de l’album The Cool. Dans ce morceau, Lupe Fiasco s’intéresse à la condition des enfants soldats à travers le monde, qui se trouvent malheureusement embrigadés dans une violence involontaire.

Ces trois paragraphes mettent en avant l’utilisation abusives des armes à feu auprès des enfants. Les « enfants soldats » sont réputés pour représenter une grande menace auprès des habitants du Tiers-Monde, or d’autres situations dans le reste du monde témoignent de cas où des enfants utilisent des armes à feu. Lupe illustre par trois personnages distincts, Terry, Khalil et Alex les cas de figure où un enfant peut être en contact avec une arme :

Le petit Terry a un pistolet qu’il a obtenu au magasin
Il l’a acheté avec l’argent qu’il a reçu de ses corvées
Il a dévalisé la confiserie, lui a dit « Couche-toi par terre
Mets les cookies dans le sac, sors l’argent de la caisse ».




Lil’ Khalil a reçu une arme de la part des rebelles
Pour tuer les infidèles et les diables américains
Une bombe à sa taille, un masque sur le visage
Il prie cinq fois par jour et écoute du heavy metal

Le petit Alex a reçu une arme qu’il a prise à son père
Qu’il a introduit à l’école dans son sac noir rempli de cahiers
Il a vernis ses ongles en noir, bottes noires et casquette noire
Il va abattre la brute qui vient de le pousser

Lupe Fiasco décrit le cheminement de pensée d’un enfant soldat qui s’est fait endoctriné par les armées de rebelles. Outre l’enrôlement, les États totalitaires soucieux de manipuler la jeunesse puisent leurs origines dans la pauvreté, aggravée par une situation de guerre. Les enfants sont exploités par les groupes paramilitaires du fait qu’ils sont dociles, influençables, efficaces physiquement et peuvent faire diversion plus aisément sur les champs de bataille. Ici, il met en avant également un système de récompense mis en place par leur chef, en fonction du nombre de vies humaines enlevées :

J’ai tué un autre homme aujourd’hui
Je lui ai tiré dans le dos alors qu’il s’enfuyait
Puis, j’ai fait sauter sa hutte avec une grenade
J’ai coupé la gorge de sa femme alors qu’elle était en train de prier
Encore cinq gars et on pourra avoir le ballon de foot
C’est ce que dit mon commandant

Généralement les enfants combattants sont recrutés entre cinq et six ans afin d’être éduqués depuis la jeunesse comme des meurtriers sans compassion ne ressentant aucune affection envers les adultes tout en perdant facilement la mémoire :

Quel âge ? Eh bien, j’ai dix, onze ans
Je me bats depuis l’âge de six ou sept ans
Je ne sais pas grand-chose sur mes origines
Mais je sais que je sème la peur partout où je vais

Le commandant donne régulièrement de la drogue aux enfants afin qu’ils ne puissent être dans l’incapacité de ressentir des émotions de culpabilité ou de lucidité, toutefois ils sont persuadés que ces pilules sont des bonbons. Cette technique est souvent utilisée auprès de certaines milices afin que les enfants restent inconscients du danger, et qu’ils développent une réaction violente lorsque la drogue arrive au cerveau :

Le gouvernement veut me tuer, alors je porte mon arme
Je veux vraiment le lance-roquette, mais je suis encore trop jeune
Ce bonbon me donne le courage de ne craindre personne
De ne ressentir aucune douleur et n’entendre aucune parole
Donc je n’entends pas de cris, et je ne verse pas de larmes
Si je suis dans vos rêves, c’est que votre fin est proche

Ils ont été transformés en jouets auprès des armées et portent la tenue stéréotypée des enfants soldats. De part leur bas âges, ils n’atteignent pas physiquement les drapeaux de rébellion qu’ils agitent :

Voici la marche de la brigade des garçons
Une parade macabre des jouets qu’il a fabriqués
Avec leurs shemaghs (foulard arabe) et leurs lunettes de soleil, ils ont l’air d’avoir la moitié de son âge
Ils font la moitié de la taille des drapeaux qu’ils agitent

Les enfants soldats ont été kidnappés si jeune qu’ils n’ont reçu aucune éducation, par conséquent ils ne peuvent ni lire ni écrire. Les adolescents occidentaux qui se persuadent d’être des serial killer n’ont pas la sérénité meurtrière de ces enfants qui peuvent éradiquer une ville entière sans ressentir une once d’émotion :

Ils ne peuvent pas écrire leur propre nom
Ou lire les mots qui se trouvent sur leurs propres tombes
Tu penses que tu es un gangsta ? Tu as tiré quelques balles ?
Ces gamins vont venir et assassiner toute une ville
Et ensuite ils s’asseyeront, fumeront et regarderont tout brûler






‘Little Weapon’ traite d’un sujet trop peu mentionné, l’endoctrinement des enfants combattants en temps de guerre qui ne cesse de prendre de l’ampleur. En effet, en 2019 il existait encore plus de 420 millions d’enfants soldats dans le monde entier en dépit des conventions internationales sur la protection des enfants. De part leur esprit influençable et manipulable, les enfants restent des cibles majeurs lors des conflits sanglants.

 

De quoi ça parle? est la nouvelle section d’Adramatic Hip-Hop dans laquelle vous retrouverez quotidiennement une analyse textuelle détaillée d’un son ainsi que la traduction de ses passages clés afin d’en extraire l’histoire qu’il raconte.

Jeanne N
Jeanne N
Passionnée de la culture hip-hop depuis des années, je suis une grande fan de gangsta rap notamment N.W.A, Ice-T, 2Pac ainsi que d’artistes new-yorkais tels que Notorious B.I.G, Mobb Deep, Nas ou encore Public Enemy.