Un classique du Hip-Hop connu par tous les vrais amateurs de rap: Worst Comes To Worst de l’album Expansion Team des Dilated Peoples qui rencontrait déjà du succès pris une dimension encore plus forte après les attaques terroristes du 11 septembre 2011. Tourné le 7 septembre, soit 4 jours avant la tragédie, le clip de cette chanson qui est un hymne à la persévérance, l’entre-aide et la positivé avait capturé les Twin Towers au moment où elles se dressaient encore fièrement à la vue de tout New York.

 

Jason Goldwatch, le réalisateur du clip partage l’histoire derrière son tournage:

J’avais 25 ans lorsque mes potes Dilated Peoples m’ont demandé de réaliser la vidéo pour leur single « Worst Comes To Worst. » L’idée de combiner des scènes des deux cotes était pertinente sur le moment, surtout pour Dilated et moi même. Même si on vient de Californie, certains de nos écrivains et musiciens préférés ainsi que certains de nos amis et membres de famille étaient de New York. Le beef entre les deux cotes des années d’avant était juste stupide pour nous. Ca semblait tellement artificiel. Donc le concept était de sortir une vidéo qui connecterait parfaitement les deux cotes en montrant des lieux de chaque endroit. Les Dilated étaient d’accord. On a tourné tout d’abord à Hollywood le 2 septembre sur Sunset Blvd. et aux endroits autour de la tour de Capitol Records.

Le tournage s’est super bien passé, L.A. est toujours splendide en septembre et la chanson était une chanson à la bonne vibe communicative… La vie était magnifique.

Un jour plus tard, on s’est envolé direction New York et on y a repéré des endroits à filmer. Il y avait un trou dans la vidéo pendant le premier couplet de Rakaa, et la façon dont la vidéo était structurée, on savait qu’il fallait que ce soit tourné quelque part dans New York…

“I got worldwide family all over the Earth. And I worry ’bout ’em all for whatever it’s worth. From the birth to the hearse, through streets the guns burst, words I disperse are here to free minds, and if mine are needy, I need to feed mine…”

Je me suis dit que le World Trade Center qui était une image très emblématique de New York était aussi la toile de fond parfaite pour ces mots. Donc on a obtenu les permis dont ont avait besoin et avons planifié de le tourner au World Trade Center le 7 septembre 2001.

On s’est installé à la base des tours. Pendant qu’on cadrait et qu’on réglait les lumières, j’ai marché vers l’une des tours, je me suis penché contre et j’ai regardé en haut jusqu’au ciel, c’était un monolithe inébranlable et parfaitement droit. Les batiments portaient le sceau de l’impérialisme de l’ouest. C’est pour ça qu’on tournait là. Qu’importe le symbole, quelque chose d’autre m’a frappé. Ces deux tours étaient un tel monument de l’accomplissement humain. Me tenant au pied de ces structures énormes, j’ai imaginé dans le future ce que ce serait de se promener à travers un marécage newyorkais post-apocalyptique et de tomber sur ces tours gigantesques, se tenant toujours là. Je me disais que les humains étaient des créatures tellement fascinantes.




Sur le tournage, le gars qu’on avait embauché pour jouer un agent dans des vêtements noirs avec une oreillette n’est pas venu. Donc j’ai fini par prendre un gars qui trainait près de la fontaine entre les tours. Il avait l’air tellement newyorkais, il travaillait au 78ème étage de la tour sud et prenait sa pause. Il avait déjà un costume noir sur lui et regardait le tournage depuis une bonne demi heure, donc on lui a placé une oreillette d’un talkie-walkie, on a eu une signature et on l’a fait jouer dans la vidéo. Il était tellement heureux, il m’a dit qu’il n’arrivait pas à y croire, en ajoutant qu’il avait déjà été un figurant une fois avant ça et qu’il a toujours voulu être dans des films. Il était en retard à son travail mais j’avais besoin de quelques prises de plus, et il est resté pour nous. On a échangé nos emails et nos numéros de téléphone pour le tenir au courant de quand notre vidéo allait être terminée.

Le 11 septembre, j’étais de retour à Venice en Californie. J’avais monté la vidéo chez moi tard la veille, et j’avais laissé mon logiciel de montage ouvert avec les deux tours. Je n’oublierai jamais ça. Le moment le plus fort pour moi le 11 septembre était de me faire réveiller par des appels et des messages bizarres venant d’en haut. J’entendais ma maman pleurnicher et me disant d’allumer la télévision, mon père continuait à répéter mon nom encore et encore, comme si je n’avais pas décroché mon téléphone exprès. Finalement, j’ai monté les escaliers, suis passé devant mon ordi, jetant un oeil aux tours sur mon écran. Les mots Ground Zero n’étaient pas encore entrés dans mon subconscient mais ce n’était qu’une question de temps. J’ai allumé la télé, chaque chaine montrait les tours en flammes.

Je n’oublierai jamais être assis devant mon pc à regarder les prises des tours datant de quelques jours avant, parfaites, stoïques, incassables. J’étais médusé. La télé les a diffusées en train de s’écrouler, les voix des journalistes semblaient si distantes. C’était complètement bouleversant, je continue à ressentir le granite froid sur ma poitrine alors que je me penchais contre le batiment, et je pense au gars du 78ème étage (dont on n’a plus jamais eu de nouvelle) et au vrai garde de la sécurité armé sur le site qui criait en direction d’enfants qui jouaient dans la fontaine… Imagine si on avait tourné la vidéo seulement quatre jour après.




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