Depuis le début de sa confection jusqu’au tournage du clip où Warren G s’était fait arrêter, en passant par l’implication de Nate Dogg qui a causé une bataille Def Jam / Death Row pour les droits de la chanson, découvrez les différentes étapes qui ont mené à la commercialisation de l’un des plus grands hits Hip-Hop de tous les temps.

 

Le commencement de Regulate

« J’avais un appartement sur Long Beach Boulevard et San Vicente. C’est dans cet appartement que j’ai fait Regulate. J’avais tout l’équipement installé dans la chambre, un studio d’enregistrement dans la salle de bain et dans le placard, et c’est là qu’on l’a créé. J’avais un MPC 60, un mixeur Numark et un Technics 1200 et énormément d’albums.

Do You See allait être le premier single mais on n’a pas pu avoir l’autorisation parce que Bible Belt déconnait, car la première fois que je l’ai fait je chantais ‘Do you see what I see? Do you hear what I hear?’ (La mélodie suivait celle de Do You Hear What I Hear de Gloria Shayne Baker et Noél Regney)

Pour Regulate, j’étais chez moi, et j’en ai eu l’idée. J’écoutais I Keep Forgettin de Michael McDonald. C’était un son que j’ai toujours aimé depuis que j’étais petit, mes parents le passaient quand ils avaient de la visite ou des amis chez eux. C’était un son qui était dans ma tête et c’était tellement bien. J’avais le sample et je me disais: ‘Ca serait tellement différent de faire une chanson Hip-Hop dessus.’

Ensuite je l’ai laissé reposer quelques jours pour voir ce que j’avais besoin d’ajouter. C’est à ce moment là que toutes les autres parties sont arrivées, comme regarder le film Young Guns et sampler cette partie. Je regardais le film un jour et j’ai entendu la partie où Charley Bowdre dit: ‘We work in this town as regulators. We regulate any stealing of this property. But you can’t be any geek off the street. You gotta handle the steel, you know what I mean, earn your keep.’ J’ai entendu ça et je m’emballais! Je me suis dit: ‘Oh mon Dieu! Je dois mettre ça sur cette chanson! Je m’en fous si ils ne me laissent pas l’utiliser. Je vais quand même le mettre dessus.’»




Nate Dogg

Ensuite il a appelé Nate Dogg pour trainer et pour voir si ils arriveraient à faire quelque chose dessus. Il a joué l’instru pour Nate et il a directement kiffé. Ils ont commencé à écrire dessus et ça s’est fait assez vite.

« En faisant la chanson ensemble, nous voulions y aller chacun à notre tour, comme Snoop et Dre ont fait avec Nuthin But A G Thang. Comme Run-DMC, la façon dont ils y allaient l’un après l’autre. Ce que j’ai fait, c’est que j’ai écrit les 4 premières bars, et j’ai dit à Nate Dogg d’écrire 4 bars, et ensuite j’ai écrit 4 bars, puis Nate… Donc on l’a fait jusqu’à arriver à 16. On n’avait pas de refrain, mais le sample était tellement bon qu’on n’avait pas besoin de refrain. »

 

Une version ‘radio-friendly’

Ils ont ensuite travaillé l’instru et le résultat les a épatés. C’est à ce moment là qu’ils ont installé un vrai studio à North Hollywood et ils l’ont réenregistré, mais c’était beaucoup trop explicite pour les labels:

Geitzenauer: « Quelqu’un à Death Row ou Def Jam, peut-être Chris Lighty a dit: ‘Est-ce que vous pouvez faire quelque chose de moins explicite? Parce que dans l’état, on ne pourra pas le faire passer à la radio.’  » 

Warren G: « Lorsque nous avons fait la première version, c’était très explicite avec beaucoup de jurons genre ‘motherfuckers’ et des trucs du style. On a du retourner en studio et réenregistrer pour que ça convienne aux radios. C’était quelque chose qu’on devait faire parce qu’à ce moment, le son avait un buzz et le monde le voulait. »

Et c’est donc la version clean qu’on entend sur l’album.

 

Above The Rim et la bataille entre Def Jam et Death Row

Lorsqu’ils l’ont fait écouter à Jimmy Iovine, il a directement voulu l’avoir pour la soundtrack d’Above The Rim.

« On doit avoir ce son pour la soundtrack d’Above The Rim. C’est notre putain de single qui est là. »

Ensuite ça a déclenché une bataille de droits, vu que Warren G était sur Def Jam et Nate Dogg sur Death Row.

Stewart: « Suge n’aimait pas Def Jam, et Def Jam essayait de sortir un hit sur la Westcoast. Je me rappelle les négociations qui n’arrêtaient pas sur les droits du son. »

Warren G: « Le son était tellement énorme, c’était indéniable. Def Jam ne pouvait pas le nier, Death Row ne pouvait pas le nier. Autant gagner ensemble. Def Jam m’a donné l’autorisation pour laisser Death Row utiliser le single. C’était le business. Et ce que Def Jam a fait a été de prendre le même single et de le ressortir. »




La mésaventure de Warren G lors du tournage du clip

Warren G est arrivé en retard lors du tournage du clip, Cameron Casey, le réalisateur, explique pourquoi: « Ce qui c’est passé était que, Warren G, il était à la station d’essence en train d’en mettre dans sa voiture et il est parti en laissant la pompe dans le réservoir. Il ne l’avait pas réalisé et les flics l’ont arrêté et l’ont mis en prison. Finalement, lorsqu’il est arrivé sur le tournage, on a fait autant de scènes qu’on pouvait avec le temps qu’on avait. »

 

L’hommage au créateur du sample

Et ensuite, l’énorme succès qu’on connait est arrivé, et parmi les nombreux fans, un ravissait tout particulièrement Warren G : il s’agissait de Michael McDonald, le créateur du sample:

« Lorsqu’ils m’ont dit que Michael McDonald l’aimait, ça m’a vraiment touché, genre: ‘Wow.’ Pour un tel artiste comme lui qui était dans la musique depuis bien plus longtemps que moi, juste de l’entendre dire qu’il aimait mon son et qu’il a autorisé l’utilisation du sample… c’était une bonne chose mec. Il continue à recevoir un chèque pour ça. J’ai fait le son, je n’essaie pas de dire que je suis meilleur que lui, mais j’ai rendu le son plus grand que ce qu’il a fait. Je l’ai fait par amour pour lui en tant qu’artiste. Le feeling qu’il a mis dans la musique, il fait également partie du son, parce qu’il m’a inspiré. »